Prony et Pernod

paysage_sud_ncConformément à l’article Lp.123-6 du code minier de la Nouvelle-Calédonie, une convention de réalisation ainsi que les éléments explicatifs contenus dans un protocole général d’accord devraient être soumis pour approbation demain, mercredi 2 avril, à l’assemblée de la province Sud lors de ce qui devrait être la dernière séance publique de l’actuelle mandature. Les opérateurs Vale et Eramet devraient ainsi réaffirmer, par le bais de leurs filiales, leur volonté commune de procéder à l’exploration et l’exploitation des gisements de Prony West et Pernod Creek pour un projet métallurgique. Ces gisements avaient été placés en réserves techniques provinciales le 12 février 2012 mais faisaient l’objet d’un intérêt particulier de la part des deux opérateurs depuis leur déclaration d’intention en date du 5 novembre 2012. Le premier de ces deux gisements constitue la base minière du projet Penamax dans les années 70. Environ 25 000 mètres de sondages avaient été effectués et la ressource démontrée avait alors été estimée à 170 millions de tonnes à une teneur en nickel de 1,5%, soit 2,7 millions de tonnes de nickel metal. Le gisement voisin de Pernod avait été estimé à 110 millions de tonnes aux mêmes teneurs, soit 1,7 million de tonnes de nickel métal. Ces deux gisements représentent donc plus de 4 millions de tonnes de nickel métal contenu dans du minerai latéritique, soit une richesse du même ordre de grandeur que celle de Goro, ce qui en fait un des plus importants domaines de nickel inventoriés dans le monde. Le but aujourd’hui affiché par la province Sud est de mettre en oeuvre une politique de développement et de valorisation des ressources minières s’inscrivant dans le cadre d’une démarche visant à maximiser les retombées économiques. Pour les deux opérateurs, l’objectif serait de pérenniser leurs activités minières et industrielles en Nouvelle-Calédonie. Leur démarche d’exploration consistera donc à caractériser les horizons latéritiques déjà partiellement connus, mais surtout à évaluer le potentiel saprolitique que les techniques de sondage ne permettaient pas d’identifier et qui a depuis été partiellement évalué et caractérisé par l’opérateur du Grand Sud sur le gisement de Goro. L’étude de cadrage et le programme de prospection ont pour but de réaliser une étude de préfaisabilité aux fins de concevoir un projet métallurgique valorisant cette ressource. L’abondance de cette dernière pourrait permettre aussi d’alimenter les unités existantes en latérites pour l’opérateur du Grand Sud et en saprolites pour l’usine de Doniambo. S’agissant de la mise en oeuvre et de l’articulation générale du projet, la province Sud entend garder la maitrise de la ressource et dit vouloir souhaiter la juste valorisation du domaine minier concédé. Or, la Nouvelle-Calédonie détient 10% du capital de Vale Nouvelle-Calédonie (VNC, filiale de Vale) et 34% de la Société Le Nickel-SLN (SLN, filiale d’Eramet), ce qui constitue une participation minoritaire en retrait par rapport à la « dimension pays » développée et mise en exergue dans le cadre des discussions du comité stratégique industriel puis de la conférence des présidents. Au travers de leur filiales respectives, Vale et Eramet détiennent 61% de la surface minière concédée du territoire. Il apparait donc clairement que le réel problème ne soit pas celui de l’accès à ressource, mais bien celui du fonctionnement, de la fiabilité et de la compétitivité des outils industriels transformant cette dernière. Enfin, la co-entreprise de droit privé, JVCo, qui une fois titulaire de l’autorisation personnelle minière déposera les demandes de permis de recherche valant déclassement des mises en réserves techniques provinciales, sera en charge des travaux de recherche et d’exploration. Les actionnaires industriels détiendront chacun 33% et la société provinciale 34% du capital. Si le projet abouti à la construction d’une nouvelle unité de production, alors la JVCo consentira à la province Sud une contrepartie financière composée, d’une part d’une participation de 10% de son capital et, d’autre part, de paiements en numéraire : une somme de 25 millions $ (environ 2 milliards de francs) ainsi qu’une soulte annuelle variant de 1,25% à 1,75% sur la valeur des produits et co-produits issus des gisements une fois que l’unité de production aura atteint sa capacité nominale. Un spectre hante donc les gisements du Grand Sud ! En 1996, Diamond Resource avait vendu le gisement latéritique de Voisey’s bay à Vale Inco pour près de 300 milliards de francs alors que la province Sud avait cédé celui de Goro pour 2 milliards de francs.