Une vision pays

vtoulanguiQuoi de plus normal que de vouloir contrôler la ressource minière et les outils industriels qui sont stratégiques pour le développement du pays ? Quoi de plus naturel pour Victor Toulangui, originaire de la tribu de Héo à Ouvéa, ingénieur en maintenance industrielle de l’école d’ingénieurs de Nancy, recruté à SMSP en octobre 1996 par Jean-Pierre Lapous pour intégrer la direction des mines alors dirigée par Jean-Pierre Gastaldi. « Ces deux hommes m’ont ouvert les portes de la mine ». En 1998, Victor a été détaché pour participer aux compagnes d’exploration du massif Koniambo. Il est alors en charge du centre SMSP de Koniambo et du principal sous-traitant « Team Project » composé d’ingénieurs et de techniciens de SMSP et de Falconbridge chargés des études de faisabilité du projet de l’usine du Nord. Les premiers travaux préparatoires furent entrepris au mois de septembre 1998. « Explorer le massif Koniambo fut un réel privilège et une expérience inoubliable ! Personne ne croyait au projet, à part le personnel de la SMSP et les communautés Kanak qui faisaient confiance à Raphaël Pidjot. Les analyses des échantillons nous livraient de belles surprises et contribuaient ainsi à l’enchantement des hommes et à l’assurance de réalisation du projet. Il faut dire qu’avec Raphaël, le seul accès à la ressource ou la simple détention de celle-ci constituait une porte grande ouverte sur l’avenir pour nos communautés ». A la fin des études de faisabilité du massif Koniambo, Victor a géré les centres de Nakéty, Boakaine et Kouaoua sur la côte Est avant d’accéder en 2003 au poste de directeur des mines. SMSP faisait alors face à des difficultés sociales et structurelles, notamment la grève du Soenc Mine avec la fermeture de Boakaine, la suspension du roulage à Poya, la perte de client japonais pour une raison de qualité de minerai. Ces difficultés sociales furent aggravées par l’effondrement du cours de nickel. Les exportations du minerai de Ouaco furent d’ailleurs réduites afin d’éviter le risque de brader la ressource. « Ces périodes difficiles étaient riches en expériences humaines. Pour la direction, l’objectif était d’assurer principalement la survie de l’outil de production. Mais les ressources de l’entreprise étaient avant tout les hommes, les travailleurs. Et les discussions avec les partenaires sociaux étaient surtout centrées sur la protection des emplois et leur impact sur les familles. Dans cette adversité un contrat commercial a pu être conclu avec un client ukrénien ». En tant que directeur des mines, Victor a participé au projet de l’usine de Gwangyang. « La conception du projet de l’usine SNNC fut un prodige ! NMC produisait du minerai de petite teneur et de caractéristiques chimiques différentes selon leur provenance, qu’il provienne de la côte Est ou de la côte Ouest. Pour la première fois, une usine fut conçue et calibrée pour traiter non seulement un minerai de moindre teneur, mais également l’ensemble des caractéristiques de minerais calédoniens, ferreux (comme celui de Kouaoua) ou terreux (celui de Poya), basiques ou acides, humides et secs. Les autorités politiques calédoniennes n’ont pas toujours été favorables aux projets SMSP. Par exemple la mesure gouvernementale concernant l’exportation du minerai garniéritique vers un nombre limité de pays destinataires. En tant que cadre Kanak et comme tous mes autres collègues, chaque petite avancée est un combat de gagné ! Notre conviction : ce sol appartient au territoire, il faut qu’il rapporte au pays ! Les retombées de la vente du métal issues du minerai calédonien doivent avant tout contribuer au développement économique du pays pour le bénéfice de la population calédonienne ». Victor est aujourd’hui conseiller technique rattaché au président de la SMSP et représente la société au sein du Syndicat des producteurs et des exportateurs de minerai de nickel de Nouvelle-Calédonie. Par ailleurs il assure la co-gestion de Cotransmine, la société de chalandage et de transport maritime du minerai. «Le rôle de la SMSP est avant tout le rééquilibrage économique. Notre souci permanent est de veiller à ce que les retombées de l’exploitation du nickel soient mieux redistribuées aux communautés aux travers de structures économiques que nous pouvons accompagner, comme la SAS Ko-Mwâ-ï en province Sud, la Sonarep, Doonon et autres sociétés en province Nord en vue d’une diversification économique à l’échelle communale ».